PANORAMA DES TELECENTRES DANS LE MONDE
par Gérard Blanc
[ 1 / 2 ]

Les télécentres sur Internet

Pourquoi regarder Internet ?
Un télécentre qui voudrait être connu devrait être mentionné au moins dans un site sur Internet. C'est pourquoi l'interrogation d'un moteur de recherche comme Altavista sur le mot "télécentre" en français et les deux orthographes de sa traduction anglo-saxonne "telecentre" ou"telecenter") a paru un moyen rapide de trouver les sites qui mentionnaient ce mot et la signification qu'ils lui donnaient. Cette recherche a donné une liste de 580 références correspondant à 141 sites distincts situés dans une vingtaine de pays, selon la répartition ci-dessous.
| Etats-Unis |
40 |
Allemagne |
5 |
| Royaume-Uni |
17 |
Afrique |
5 |
| France |
17 |
Belgique |
4 |
| Australie |
13 |
Asie du Sud-est |
2 |
| Canada |
12 |
Danemark |
2 |
| Autriche |
11 |
Suède |
2 |
| Finlande |
6 |
Autres (1 chacun) |
5 |
|

Les situations rencontrées

Les situations rencontrées peuvent se regrouper en cinq principaux types de significations pour le mot "télécentre" :
- les produits de télécommunications
- les sociétés de téléservices
- les pépinières et hôtels d'entreprises
- les centres destinés à favoriser le travail à distance pendulaire
- les centres destinés à promouvoir le développement local ou rural.
Quelques exemples vont être donnés pour chaque cas.
Produits de télécommunications
Le système TeleCentre de Northern Telecom désigne un ensemble de modules logiciels pour gérer un centre d'appels, prévoir et ordonnancer ses activités, ajuster le personnel selon la charge de travail (1). Le Virtual Telecentre de la compagnie de télécommunications irlandaise Telecom Eirann représente un ensemble de produits télécoms commercialisés par des revendeurs agréés (2).
Sociétés de téléservices
L'enseigne TELECENTERs de Sprint fournit des services aux entreprises qui désirent externaliser leur démarchage commercial (3). A Singapour, MMS Telecentre est un centre d'appels professionnel, qui propose une vaste gamme de services de télémarketing (4). Les opérateurs de MMS sont formés au préalable, leur discours est préparé avec le client qui doit y donner son accord, que ce soit pour un service de soutien interne ou une action externe de démarchage commercial. Au Sénégal, les télécentres privés (TCP) désignent des entreprises ou des particuliers agréés par l'opérateur national Sonatel pour ouvrir et exploiter des centres detélécommunication (5). Selon la Sonatel, le "télécentre privé est un local, objet d'une occupation privative et spécialement aménagé pour vendre des services de télécommunications. A cet effet, l'exploitant souscrit auprès de la SONATEL un abonnement à une ou plusieurs lignes téléphoniques, (téléphone, fax, télex, accès au réseau Senpac), et verse une caution non productible d'intérêt."
Pépinières et hôtels d'entreprises
A l'instar des centres d'affaire et de ressources partagés (CASP) français, le Whiteaker Telecenter mis en place par l'université de l'Oregon sert à la fois d'hôtel d'entreprises et de centre de ressources en télécommunications pour la municipalité (6). Pour les travailleurs nomades ou flexibles, il propose des bureaux et des salles de conférence équipés de matériel (téléphone, télécopieur, photocopieur, accès à des réseaux de données à haut débit) et de personnel compétent. Pour les citoyens désireux de s'initier à Internet ou aux télécommunications, il offre des expositions et des outils en libre-service pour accéder à des ressources sur le réseau. En Nouvelle Zélande, un TeleCentre de l'Industry Partnership Programme désigne un local destiné aux entreprises et à la communauté, équipé de technologies pointues où les individus, les entreprises et les groupes de citoyens peuvent venir travailler ou se former (7). Le TeleCenter combine les équipements et prestations d'un bureau et les services pour la "télé-incubation" d'entrepreneurs individuels ou de petites entreprises dépendant des télécommunications qui peuvent s'en servir comme d'un "bureau virtuel" en payant selon leur consommation pour l'un des services suivants : accès à Internet, vidéoconférence, PAO ou constitution d'un site Internet et formation. Les organisations sans but lucratif peuvent réserver gratuitement des stations de travail informatiques ; elles ne paient que les coûts directs tels que le téléphone, la télécopie ou la photocopie.
Centres destinés à favoriser le travail à distance pendulaire
Ces centres ont surtout été mis en place aux Etats-Unis. Par exemple, le TeleCenter de Jefferson, en Virginie Occidentale, à environ 80 km de Washington, est qualifié de "lieu de travail du XXIème siècle dans un comté historique" (8). Le recensement de 1990 a estimé que près de 5000 résidents des comtés de Jefferson et de Berkeley font entre 3 et 6 heures de trajet quotidien pour aller travailler à Washington. Le télécentre offre une vaste gamme de services, notamment des installations pour le télétravail pendulaire, une base pour des entreprises localisées hors du comté, un lieu pour développer des initiatives entrepreneuriales, des installations de vidéoconférence pour le gouvernement et l'industrie, des ressources pour l'éducation, la formation et la vérification des aptitudes. Le TeleCenter du Santa Clarita TeleCommuting Center en Californie fournit un environnement de travail en réseau (local, national, RNIS) avec des stations de travail sur mesure pour un utilisateur donné (9). Nous verrons plus loin comment fonctionnent ces télécentres californiens et quels enseignements peuvent être retirés de leur expérience.
Centres destinés à favoriser le développement local
L'Australian Rural Telecentres Association (ARTA) regroupe environ 80 télécentres ruraux situés dans les 6 Etats australiens (10). Ils fournissent des services de support technique ou de formation aux communautés rurales et aux entreprises locales. Ils proposent également des accès aux sources d'information et de l'éducation à distance. Enfin, ils espèrent servir de relais pour des services administratifs à tous les niveaux. Le Nevada TeleCenter a été développé par plusieurs partenaires qui s'occupent de sa gestion et de son animation : la commission de développement économique du Nevada et sa filiale la compagnie de développement de la télécommunauté du Nevada, l'université du Missouri à Kansas City, l'université d'Etat du sud-ouest du Missouri et deux collèges. Il est essentiellement destiné à former différents publics aux nouvelles technologies. Le concept de Rural Telecommunity Center (RTC) a été lancé par les entreprises Rural Health Futures, Inc. et Kansas Communications dans le but d'aider les communautés rurales américaines à "utiliser des télécommunications à large bande ainsi que des technologies avancées et maîtriser les mêmes stratégies de développement que les zones métropolitaines" (11). Ce sont de petites entreprises qui fournissent des services de télécommunications (accès Internet, vidéoconférence, etc.) partagés entre tous les utilisateurs et payés uniquement au temps passé. Les promoteurs du projet espèrent ainsi attirer des spécialistes des NTIC et des manipulateurs d'informations dans les zones rurales. Le terme de SCOPE est un sigle pour désigner des "télécentres spécialisés d'éducation professionnelle" promus par une fondation et une entreprise américaines et destinés aux pays en développement, en particulier les zones d'accès difficile (12). Ils fournissent un équipement de base en télécommunications et en informatique afin que tous les membres d'une communauté puissent accéder à des programmes d'éducation à distance, de formation, de développement communautaire, de santé publique et d'échanges interculturels. De tels centres ont déjà été installés au Ghana, en Afrique du Sud, au Cameroun, en Guyana et au Brésil.

Définitions sur Internet

En l'absence d'une définition généralement acceptée des mots "télécentre" ou "télécottage", il faut se contenter des définitions que proposent certains sites Internet.
Télécentres
Le rapport Telework 1997 (13) de la CEE donne la définition suivante :
"Installations de bureaux partagés qui fournissent une gamme de services de bureau, souvent pour des employés de différentes entreprises, ou différents départements de la même entreprise. Ainsi les employés ont la possibilité de se servir du bureau qui leur convient le mieux, à la place d'un espace de bureau spécifique appartement à leur entreprise ou à leur département."
D'un autre côté, Whatis, service sur Internet qui propose des définitions dans différents domaines (14), suggère :
"Un télécentre est un lieu de travail différent du bureau principal de l'organisation qui fournit un accès occasionnel satisfaisant aux outils de travail dont les praticiens du travail à distance ne disposent pas chez eux ou durant leurs déplacements." Par exemple, un travailleur à distance pendulaire peut avoir besoin occasionnellement d'imprimer ou de reproduire des copies imprimées d'un document au moyen d'une imprimante ultra-rapide dont il ne dispose pas chez lui. Ou encore un travailleur mobile s'adresse au télécentre pour vérifier s'il n'a pas reçu de télécopie ou pour en envoyer une. Un télécentre peut aussi disposer d'équipement pour faire des téléconférences.
Télécottages
Le rapport Telework 1997 de la CEE en donne la définition suivante :
"Catégorie spéciale de télécentre, ainsi nommée en raison de ses origines rurales. Le mouvement des telecottages a démarré en Scandinavie et s'est maintenant répandu dans d'autres parties de l'Europe, par exemple Irlande, France, Angleterre, Pays de Galles, Ecosse... Les telecottages peuvent être des maisons campagnardes reconverties, des installations agricoles inutilisées ou des parties de bâtiments scolaires. Ils peuvent être aussi des immeubles de bureaux ordinaires. Les telecottages jouent de multiples rôles y compris former aux technologies du télétravail et aux compétences nécessaires à celui-ci, attirer le travail qui fait appel à ces compétences et ainsi stimuler le développement économique local. Ils donnent aussi aux organisations etentreprises locales un accès à des équipements de bureau coûteux et de haute technologie."
Murray Nelson, consultant britannique, expert auprès de la CEE, proposait de son côté :
"Le telecottage est un centre de service destiné à la population et basé sur l'utilisation des TIC. A l'origine, le principe était celui du partage d'équipements informatiques, trop chers pour que chacun puisse s'en équiper. A leurs débuts, ces cottages se voulaient essentiellement à vocation rurale. Aujourd'hui, la moitié des télécottages sont basés dans des petites ou grandes villes, mais restent très fermement ancrés dans la communauté locale, fournissant des services aux associations et aux entreprises."
Sur son site Internet, l'association suédoise TeleCottages Sweden, à l'origine du concept, indique de plus que :
"le télélocal, implanté dans un village, met en commun des outils télématiques, bureautiques et informatiques. Il regroupe des employés, accepte divers travaux de sous-traitance et offre aussi diverses prestations aux personnes et entreprises du voisinage."
Esquisse de typologie
Il ressort de ce rapide examen que les télécentres cités dans des sites Internet comme lieux de travail à distance correspondent à deux grands types de motivations : une essentiellement sociale et une autre économique, les deux pouvant être mélangées dans certains cas.
La motivation sociale répond à quatre principaux types de besoins :
- la réduction du déplacement domicile-travail dans une optique d'amélioration des conditions de vie et de travail des citoyens ;
- le développement local d'une zone rurale ou dé favorisée ;
- la fourniture d'accès aux moyens de télécommunications et aux ressources informatiques ;
- la formation, soit aux nouvelles technologies soit à la gestion d'entreprise pour les nouveaux entrepreneurs.
La motivation économique se traduit dans les pépinières d'entreprises ou dans les centres d'affaires et de services partagés qui offrent à titre payant l'accès à des outils télécoms ou informatiques en plus d'autres services.

Le télécentre, lieu d'exercice du travail à distance

Pour avoir une vue plus claire de la notion de télécentre ou de télécottage, il faut les placer dans l'ensemble des lieux d'exercice du travail à distance. Ils se regroupent en cinq options principales selon le schéma ci-dessous :
- succursales de l'entreprise
- travail à domicile
- travail itinérant
- télélocal ou télécentre
- lieu virtuel.
1) Le travail à distance dans les locaux d'une même entreprise
Ce travail se déroule dans des unités dispersées de l'entreprise, hors de l'établissement principal, dans des agences ou des succursales. Deux types de lieux ont pris une grande importance dans ce contexte : les "bureaux satellites" et les bureaux "tournants" ou virtuels. L'expression "bureaux satellites" désigne des bureaux d'une entreprise situés près des zones d'habitation et si possible près des logements des employés qui viennent y travailler, pour mettre fin aux trajets domicile-travail ou rapprocher le domicile du lieu de travail. Au Japon, des entreprises comme Fuji, Xerox, NEC, Fujitsu, Mitsubishi ou NTT ont développé cette formule en mettant en place de petites unités et en décentralisant certaines tâches. Le changement qu'elle apporte vient souvent du fait que des employés d'unités différentes, géographiquement dispersées dans différents bâtiments, travaillent cote à cote, à distance de leurs superviseurs. En Europe et aux Etats-Unis, le phénomène récent le plus important est la mise en service du système des "bureaux tournants" ou virtuels. Pour des raisons aussi psychologiques qu'organisationnelles, les entreprises maintiennent souvent de tels bureaux que les salariés mobiles peuvent utiliser en les réservant à l'avance.
2) Le travail itinérant
Voyageurs de commerce, représentants, cadres commerciaux, techniciens de maintenance, médecins et personnels de santé, etc. travaillent pendant leurs déplacements, en voiture, en train, en avion. Certains ont fait de leur voiture leur bureau principal. D'autres changent continuellement de lieu de travail tout en restant en liaison avec leur siège. Cette forme de travail à distance est sans doute la plus ancienne et la plus pratiquée.
3) Le travail à domicile
Il s'agit d'activités tertiaires qui le distinguent du travail à domicile industriel (textile, jouets, micromécanique). Les enquêtes montrent que plus de la moitié des cadres (57%) déclarent travailler chez eux en plus du temps passé dansl'entreprise (15). Ce résultat confirme l'enquête d'Eurotechnopolis Institut de 1992 sur l'équipement des cadres pour travailler chez eux. Les suivis d'expérience de télétravail à domicile montrent la nécessité de logements suffisamment spacieux, permettant d'utiliser une pièce réservée au travail et de mettre en place les outils informatiques et télécoms. Les pratiques varient d'une personne à l'autre, mais la taille du logement s'avère déterminante.
4) Le "télélocal"
Dans le principe du télélocal, un même bâtiment regroupe des employés de plusieurs entreprises quitravaillent théoriquement plus près de chez eux et partagent des infrastructures techniques (télécopieurs, télex, connexions informatiques) et logistiques (secrétariat, accueil téléphonique, etc.). De multiples termes le désignent :télébureau, télélocal, centre de quartier, bureau de voisinage, centre communautaire de travail, etc. C'est l'objet de la présente communication.
5) Le lieu virtuel
Les communications de groupe sont facilitées par différents outils de télécommunication et/ou d'informatique qui assurent des réunions ou des séances de travail à distance, créant ainsi un lieu de travail virtuel dans lequel se passent les échanges et les interactions.

L'expérience de trois régions du monde

Trois régions ont plus particulièrement développé le concept de télécentre : l'Europe du Nord, les Iles Britanniques et la Californie.
L'Europe du Nord
Le concept de télélocal a commencé par se concrétiser dans les pays nordiques.
Au Danemark, on comptait environ 60 télécentres vers le milieu des années 80, parmi les nombreuses initiatives lancées pour promouvoir les NTIC. Ils ont maintenant disparu mais ont suscité de nombreux projets de formation à long terme de chômeurs pour leur donner des compétences en technologies de l'information (16).
La Finlande est le pays qui dispose de la densité la plus forte au monde de téléphones mobiles et de sites Internet par habitant, on y rouve environ 40 télécottages, la plupart en zones rurales (17).
Mais c'est surtout en Suède que ce mouvement a pris le plus d'ampleur. La première grande expérience de télétravail en Suède fut la création d'un télécentre à Nykvarn, une ville de 6000 habitants à 50 km de Stockholm en 1982. En 1984, à l'initiative de la Délégation suédoise pour le développement des zones à population dispersée et du Conseil nordique des ministres, deux projets de TAD ont été lancés avec la création de deux petits centres, offrant chacun une quarantaine d'emplois de dactylographie et de traitement de texte. Le prototype du premier télécottage a été installé en 1985 à Vemdalen, un petit village de 800 habitants du comté de Jämtland. Entre 1985 et 1987, 40 de ces télécottages ont été construits. En juillet 1989, l'ensemble des télélocaux se sont regroupés au sein d'une association appelée TeleCottages Sweden (TC-S), réseau d'une vingtaine d'établissements, dont plusieurs situés dans des zones d'accès difficile. En même temps ils décidèrent de couper le cordon ombilical qui les reliait à toutes forme d'aide financière, pour devenir des chefs d'entreprise à part entière. L'association s'est donné pour objectif de commercialiser les services des télécottages et de mettre en place un véritable réseau de communications et d'informatique. TC-S a eu deux gros clients dans ses débuts : l'Eglise de Suède et le l'administration fiscale. De plus les centres affirmèrent clairement leur vocation éducative. Des cours d'informatique, de gestion et de comptabilité y étaient dispensés. Ils participèrent à un réseau d'aide en ligne qui impliquait aussi des organisations de développement rural. Ils offrirent aussi la possibilité pour des particuliers ou des TPE d'interroger des banques de données spécialisées (18). En 1991 une quarantaine de télécottages étaient opérationnels et une dizaine en cours de développement. Leurs prestations étaient très variées : dactylographie, traitement de texte, comptabilité,traductions, gestion financière, télémarketing, aide à la publication, service de télécopies, conseil pour l'achat de matériel informatique, programmation, maintenance informatique, etc. Leur succès s'est avéré mitigé : les marchés ne furent pas toujours au rendez-vous. En 1993, il ne restait plus que 25 télécottages. Mais avec le développement général du travail à distance en Suède, les télécottages ont renoué avec le succès, devenant de plus en plus des "hôtels d'entreprises", semblables aux centres d'affaires et de services partagés (CASP) français. Leur nombre est remonté autour de 40 (19). L'association comprend un peu plus d'une centaine de membres, travailleurs indépendants et télécottages (20).
Le Royaume-Uni
Bien que n'étant pas à l'origine du concept, le Royaume-Uni est probablement le pays où les telecottages connaissent le plus de succès. On dénombre environ 150 télécottages au Royaume-Uni. La TCA (Telework, Telecottage & Telecentre Association) est la plus importante association européenne se consacrant au télétravail.Elle comprend environ 2500 membres. Une enquête qu'elle a réalisée a montré que les télécottages britanniques présentent les caractéristiques suivantes :
- La moitié sont situés dans des villes, 25% dans de petits villages et 25% dans des zones rurales.
- Dans leur statut, 20% sont privés, 30% organisés en coopératives ou SARL.
- 50% ont été établis et sont soutenus par les pouvoirs publics.
- Ils ont en moyenne 40 utilisateurs réguliers et 40 utilisateurs occasionnels.
- Ils sous-traitent 40% de leurs travaux à des télétravailleurs locaux.
- Sur le plan financier, 35% font des pertes, 50% équilibrent leurs comptes, 15% font du profit.


La plupart des télécottages et des télécentres proposent de la formation aux NTIC, certains fournissent des services bureau, mais seulement une minorité servent de manière régulière pour du télétravail direct (21). La moitié des 112 telecottages de la TCA reçoivent des subsides publics, sous forme de mise à disposition des bâtiments ou de fourniture d'équipements. Les autres équilibrent leur budget, 14% dégagent même des bénéfices ; 20% sont privés. Les 3/4 ont aussi une fonction de formation, essentiellement aux NTIC, un peu à la gestion (22).
Un télécottage d'une nouvelle génération s'est implanté dans un quartier défavorisé de Londres à Harkley. Sa mission est de promouvoir l'économie du quartier grâce à des pôles d'activités, en aidant la création d'entreprises, en proposant formation et téléformation, en assurant l'accueil de travailleurs et d'étudiants qui ont besoin d'outils techniques. Ce centre fournit une assistance aux demandeurs d'emploi et met à disposition une bibliothèque. Son financement est entièrement assuré par des subventions du gouvernement britannique, de la ville de Londres et d'associations (23).
La Californie
Le développement du télétravail en Californie
Au début des années 90, les exemples de travail à distance à domicile sont très nombreux aux Etats-Unis. Une étude de l'Université de Stanford estime à 25% le pourcentage d'Américains qui travaillent à distance sur une base informelle à temps complet pendant une durée limitée, ou à temps partiel sur une base régulière (24).
En 1990, le président George Bush déclare : "Si 50% des employés de Los Angeles se mettaient à travailler à distance un jour par semaine, ils économiseraient 205 millions de km chaque année et 47000 tonnes de polluants entrant dans l'atmosphère" (25). Les préoccupations concernant la pollution, l'environnement et la congestion due aux transports poussent en direction du télétravail.
Le congrès de l'Etat de Californie qui avait voté en 1987 le California Clean Air Act (loi sur l'air pur), fixe des normes de qualité de l'air et met en place un programme pour y parvenir avec l'aide de deux organismes chargés du contrôle de la qualité de l'air. Des décisions très strictes sont prises pour réduire les déplacements domicile/travail dans les entreprises de plus de 100 employés.
En 1997 on constate que 6,1% de la population active de Californie pratique le telecommuting, en moyenne 1,2 jour/semaine, ce qui fait qu'un jour donné 1,5% de la population active substitue les télécommunications aux transports pour son travail.
Plusieurs projets importants ont été mis en place dans l'Etat de Californie : - un projet-pilote de travail à domicile pour 120 personnes ; - un projet du Comté de Los Angeles visant principalement l'accroissement de la productivité, l'économie de bureaux et la réduction de la pollution concernait 1000 employés en 1992 ; - la ville de Los Angeles a démarré un projet-pilote concernant 250 personnes en 1992 ; - Pacific Bell qui avait démarré un projet-pilote en 1985, a formalisé cette pratique.
Le projet de San Luis Obispo
Le district de San Luis Obispo a organisé le suivi d'un télécentre destiné aux travailleurs qui souhaitaient réduire la longueur de leur trajet domicile-travail. Le conseil des gouverneurs du comté en a retiré les enseignements suivants :
- les télécentres autosuffisants n'existent pratiquement pas ;
- le télétravail à domicile est faisable et existe un petit peu ;
- besoin important de former les managers au télétravail de leurs subordonnés ;
- intérêt du concept de "télévillage" regroupant des télétravailleurs à domicile qui partagent certains équipements et services techniques.
D'où vient la décision de passer au telecommuting ?
Une des premières études sur l'adoption du télétravail avait identifié que la bonne volonté du manager était une contrainte essentielle pour son adoption (26).Quelques années plus tard des chercheurs ont montré que la satisfaction du télétravail pendulaire était liée au soutien de son superviseur et à l'absence de perturbations familiales (27). Vers 1994, on comptait une vingtaine de télécentres destinés au telecommuting en Californie. Un des problèmes des études sur le telecommuting venait de l'absence d'un organisme collectant les données sur ce sujet aux Etats-Unis.
Dans leurs premiers travaux les chercheurs de Davis ont identifié cinq facteurs moteurs qui déterminent la préférence pour le travail à distance pendulaire ainsi que les attitudes et perceptions de l'individu : le travail, la famille, l'indépendance (ou les loisirs), l'idéologie et le déplacement domicile-travail (28). Plus précisément :
- 1) Le travail :
- - désir de travailler davantage
- - désir de réduire le stress lié au travail
- - désir de parvenir à une plus grande autonomie
- 2) La famille :
- - aspiration à passer davantage de temps avec sa famille
- 3) L'indépendance et les loisirs :
- - aspiration de consacrer davantage de temps à soi-même
- - désir d'une plus grande flexibilité personnelle et de contrôle sur sa propre vie
- 4) L'idéologie :
- - conscience des problèmes d'environnement causés par les trajets domicile-travail
- 5) Les déplacements :
- - difficultés et problèmes liés aux trajets domicile-travail.
Patricia Mokhtarian et Ilan Salomon distinguent quatre types de contraintes, trois externes et un interne :
- Les contraintes externes sont liées à la prise de conscience des possiblités et du concept de telecommuting, à l'organisation et à la nature du travail. Entrent en jeu la connaissance des effets bénéfiques du telecommuting comme alternative au trajet domicile-travail, les confusions éventuelles sur la nature réelle du telecommuting, le manque de soutien de la part de l'employeur ou pis encore, sa désapprobation et enfin l'inadaptation du travail ou le coût trop élevé de son adaptationpour être effectué à distance.
- Les contraintes internes correspondent à des contraintes psychosociales propres à l'individu. Elles incluent le besoin d'interactions professionnelles, les conflits éventuels avec d'autres membres de sa famille, le manque d'autodiscipline, les préoccupations de la pratique du télétravail sur l'évolution de sa carrière et enfin la perception du trajet domicile-travail comme une coupure bénéfique entre la vie privée et la vie professionnelle.

Suite page 2 / 2 : Le suivi des télécentres par l'université de Californie Conclusions

Notes (un clic sur le numéro de note vous renvoie au texte)
01 - site Internet : www.nortel.com/entprods/ebap/ctisolutions/ctiproducts/telecentre.htm 02 - site Internet : www.telecom.ie/telecentre/ 03 - site Internet : www.sprint-telecenters.com/ 04 - site Internet : www.mmsconsultancy.com.sg/telecen.htm 05 - site Internet : www.sonatel.sn/ 06 - site Internet : www.uoregon.edu/~design/telecenter.html 07 - site Internet : www.2020.org.nz/ 08 - site Internet : www.jctc.org/ 09 - site Internet : www.scvleon.com/telecenter/ 10 - site Internet : www.arta.org.au/ 11 - site Internet : www.pageplus.com/~ruralfut/ 12 - site Internet : www.projectscope.org/ 13 - site Internet : www.eto.org.uk/twork/tw97eto/index.htm 14 - site Internet : www.whatis.com/ 15 - cf. l'enquête de l'UCC-CFDT mentionnée dans Lionel Steinmann, "Ils me tuent au travail", L'Expansion, 24/10/1996 16 - rapport CEE télétravail 97 17 - rapport CEE télétravail 97 18 - Bernard Durand,"Télétravail : l'expérience suédoise", Sciences & Avenir, mars 1991 19 - Martha Sandens, "La Suède couronne le télétravail", Télétravail, sept.-oct. 1996 20 - rapport CEE télétravail 97 21 - site Internet de TCA : www.telecottages.org 22 - Murray Nelson, "Au royaume des téléchaumières", Télétravail Magazine, avril-mai 1996 23 - Annie Lombard, "Conditions de viabilité des télécentres", mémoire de mastère "Technologies de l'Information, Stratégie et Organisation", Paris : ESCP, 1997 24 - Télécoms Magazine, No 3, janvier/février 1991 25 - XIII Magazine, février 1992 26 - Gerardine De Sancits, "Attitudes Towards Telecommuting : Implications for Work-at-home Programs", Information and Management 7, 133-139, 1984 27 - Richard I. Hartman, Charles S. Stoner, Raj Aora,"An Investigation of Selected Variables Affecting Telecommuting Productivity and Satisfaction", Journal of Business and Psychology, 6 (2), 207-225, 1991 28 - Patricia L. Mokhtarian et Ilan Salomon, "Modeling the Choice of Telecommuting : Setting the Context", Environment and Planning A 26 (5), 749-766, 1994
 
|