Septieme édition du Congres des Operateurs

Compte-rendu par Gérard Blanc,
Directeur d'Études Eurotechnopolis Institut

Organisé par Euroforum France à Levallois-Perret du 30 novembre au 2 décembre 2004. Le Congrès des opérateurs, selon Patrick Ferraris, directeur associé de Cap Gemini, platinium sponsor de la manifestation, "est devenu l'événement marquant des télécoms en France."

1. Le cadre général
1.1 Etat du secteur : la France en assez bonne position
L'optimisme retrouvé des acteurs du financement
Rôle de la concurrence et de la réglementation dans la bonne place de la France
1.2 La réglementation
Les actions prioritaires de l'ART
Des effets encourageants sur les investissements
Un jugement positif, mais nuancé selon les acteurs
Débats sur la réglementation : sur quels sujets ? à quel moment ?
1.3 La concurrence
L'organisation (sic) de la concurrence en France
Effets de la concurrence : des avis positifs, avec quelques réserves
1.4 Fracture numérique
La fracture numérique est géographique et évolutive
Elle est prise en compte par l'ART et la DATAR
2. Les enjeux technologiques
2.1 Le haut débit
Un bilan actuellement satisfaisant
Des opérateurs portent leurs offres sur le haut débit
Pourquoi pas des offres combinées ?
Les techniques nouvelles : le CPL
Les techniques nouvelles : le Wifi
Les techniques nouvelles : le Wimax
2.4 Convergence fixe-mobile
Une des grandes tendances du marché
Le projet Bluephone de BT
Conditions pour la réussite de la convergence fixe-mobile
3. Les utilisateurs et les services
3.1 Position générale des utilisateurs
Quelques facteurs qui influencent l'évolution des marchés
Comportement et demandes du grand public
Les facteurs clés du succès d'une offre grand public
Les acteurs financiers réservés sur les services aux entreprises
Les entreprises désirent une vaste gamme de débits et symétriques
3.2 Les services clients de la téléphonie mobile
Vus par les opérateurs
... et vus par les utilisateurs
3.3 Services pour les mobiles
Les services actuels sur le GSM
Les services liés à la 3G
Perspectives offertes par la 3G : surtout des applications de communication
3.4 Les applications liées à l'image animée (télévision et visiophonie)
La télévision passe déjà par l'ADSL
La visiophonie sera-t-elle un marché porteur ?
4. L'évolution des acteurs
4.1 Le fonctionnement des opérateurs
Les réseaux passent en fibre optique
Deux critères de segmentation des opérateurs
Vers la séparation des services et des infrastructures
La transformation du business model des opérateurs
4.2 Les opérateurs mobiles virtuels (MVNO)
Une situation européenne diversifiée
Les MVNO français
Le fonctionnement des MVNO
4.3 Le rôle des collectivités locales
Prise de conscience du rôle des collectivités locales
Deux expériences de collectivités locales
Rentabilité des télécoms pour les collectivités locales
La position des opérateurs


1. Le cadre général

1.1 Etat du secteur : la France en assez bonne position

Pour Michel Feneyrol, membre du collège de l'ART, convergence et haut débit constituent le nouveau contexte dans lequel joue le régulateur. Le marché de la communication électronique (c'est le nouveau terme européen) représente 35 milliards € en France. Il croît en volume, mais non en valeur car les prix baissent en même temps. Deux sources alimentent cette croissance : les mobiles (14% entre 2003 et 2004) et le haut débit (plus de 50% sur la même période). Le téléphone fixe est en baisse depuis plusieurs années.

Bruno Janet, directeur des relations avec les collectivités locales à France Telecom, indique que depuis le 1er octobre 2004, "la France est au premier rang européen pour le haut débit résidentiel", qui est un "enjeu national". Il s'agit en fait de la proportion de ménages disposant d'un débit d'au moins 512 kb/s. Rappelons que dans les pays scandinaves et en Asie, le terme de "haut débit" ne s'applique pas à moins de 2Mb/s. Bruno Janet est soutenu dans son opinion par Marie-Christine Levet, présidente de T-Online France, qui souligne que "la France a environ 2 ans d'avance sur ses voisins européens". Il y a 5 millions d'abonnés ADSL dont 40% par Wanadoo et 60% par la concurrence. De plus, il existe aujourd'hui en France plus de 2 millions de Km de fibres optiques appartenant à France Telecom, sans compter celles des concurrents.

L'optimisme retrouvé des acteurs du financement

Les responsables des acteurs financiers estiment que le secteur télécom est sorti d'une sorte de purgatoire auprès des investisseurs institutionnels. Pour Antoine Garrigues, managing partner chez Iris Capital, l'optimisme est de retour : "le marché des télécoms revient un peu plus en vogue, il n'est plus sinistré." Grégoire Revenu, managing director chez Bryan, Garnier & Co, estime pour sa part qu'il y a plusieurs thématiques liées à la nature des transactions réalisées par les investisseurs dans le domaine des télécoms. Trois grandes tendances sont à l'oeuvre actuellement :

Les fusions/acquisitions ont atteint un niveau historiquement élevé durant le 1er semestre 2004, qui est la 2e période de plus forte réalisation après le 1er semestre 2000. Les introductions en Bourse ont été limitées en Europe, comme aux Etats-Unis, avec un montant total de levées de fonds de 5 milliards €. Relativement à la "valorisation des actifs." Jean-David Chamboredon, directeur de 3I, souligne que son entreprise a "observé beaucoup de sorties du secteur télécom, c'est-à-dire de rachats de PME par de grandes entreprises". Pour Frédéric Beauvais, directeur de CDP Capital, les entreprises sont beaucoup plus stables et rentables aujourd'hui ; les grands opérateurs, notamment, ont investi à nouveau dans Eutelsat. Antoine Garrigues rajoute que "les grands équipementiers ont fini leurs restructurations." Il précise que les secteurs qui intéressent les investisseurs sont les suivants : voix sur IP, Ethernet métropolitain, 3G dans les mobiles, distribution d'images animées sur les réseaux fixes ou mobiles, télévision sur ADSL.

Rôle de la concurrence et de la réglementation dans la bonne place de la France

Pour Dominique Roux, membre du Collège de l'ART, "si la France est en tête pour le haut débit, c'est parce qu'elle a les prix les plus bas d'Europe et si elle a les prix les plus bas d'Europe, c'est parce qu'elle a une très forte concurrence." Il plaide pour sa paroisse, mais son discours est relayé par deux responsables d'opérateurs. Ainsi Jacques Veyrat, président du groupe Neuf Telecom, déclare "tous les autres pays se demandent : que s'est-il passé en France ? L'explication, c'est la compétition sur les prix qui n'a pas d'équivalence en Europe. L'ART a bien construit la réglementation pour que les investissements des opérateurs portent leurs fruits. Il y a des conditions économiques correctes pour les opérateurs." Au cours du même débat, il est appuyé par Jérôme de Vitry, PDG de Completel : "la situation française vient de la [bonne] action des régulateurs."

1.2 La réglementation

Les actions prioritaires de l'ART

Présentant le champ d'action de l'ART, Michel Feneyrol indique que l'organe de réglementation est attentive à :

- La concurrence sur l'ensemble de la chaîne de valeur
- La nécessité de consolider les acquis
- Eviter de brider les services nouveaux
- Une régulation techniquement neutre
- Eviter une segmentation excessive des marchés
- Une synergie efficace entre marché des contenus et marché du transfert de l'information.

Il résume la situation ainsi : "le cadre législatif est bien défini. Il va bientôt en être de même pour le cadre réglementaire". Il précise également que "la régulation se focalise sur la régulation des tarifs de gros, fortement liés aux combinaisons d'offres de services". Eric Debrock, directeur de la réglementation à France Telecom, rajoute que le premier apport du nouveau cadre réglementaire est de se rapprocher du droit de la concurrence, comme dans les autres secteurs d'activité. "Ce cadre privilégie les actions sur le marché de gros entre opérateurs. Il s'agit d'un environnement réglementaire évolutif, indépendant des technologies. De plus, il existe un mécanisme de concertation entre opérateurs au niveau européen."

Des effets encourageants sur les investissements

L'ETNA (European Telecom & Networks Association) est une association qui regroupe tous les représentants des différents éléments de la chaîne des télécommunications, alliant constructeurs, opérateurs et fournisseurs de services, sociétés de services, consultants, etc. Le président de son antenne française, Edmond Cohen, précise comment il faut juger les effets de la réglementation : "Regardons les fondamentaux de la régulation. Elle s'adresse à des marchés de type libéral. Il s'agit de vérifier que les conditions d'une concurrence parfaite sont assurées. Travaillons sur la réglementation au niveau des professionnels et le reste suivra." Un point important souligné par Eric Debrock de France Telecom et Anne de Cadaran, sa collègue chez Neuf Telecom, est que la régulation reste le "gage d'une concurrence dynamique et durable", qu'elle "ne décourage pas les opérateurs d'investir", veillant "à l'émergence d'un marché européen équitable", contrairement à ce qui s'est produit il y a quelques années aux Etats-Unis. Julien Dourgnon, chargé de mission Nouvelles technologies à l'UFC-Que Choisir ?, constate la grande stabilité des parts de marché depuis 2000. "Il n'y a pas de corrélation entre le niveau de marge [élevé] et le niveau d'investissement et d'innovation des opérateurs mobiles"

Un jugement positif, mais nuancé selon les acteurs

Tout en émettant des jugements positifs sur les effets de la réglementation française, les principaux opérateurs télécoms présentent des divergences d'opinion. La vision de France Telecom s'écarte fortement de celle de ses concurrents. Ainsi, Anne de Cadaran, directeur de la réglementation chez Neuf Telecom, souligne que, contrairement à France Telecom, son entreprise ne parle pas de "sur-régulation" ni de "régulation tatillonne". Elle précise que "la régulation d'un secteur ouvert à la concurrence très récemment doit tenir compte du temps. Au moins au début, il s'agit d'éviter les velléités, plus ou moins volontaires, de l'opérateur historique de préempter les marchés. Aujourd'hui la France est parmi les meilleurs élèves en Europe." Neuf Telecom regrette que cet excellent bilan ne soit constaté que dans les zones dégroupées. "Certes, le marché de gros est ouvert, mais il n'est pas encore stabilisé. Cependant, le régulateur devrait s'assurer que le marché de détail n'est pas bridé par France Télécom." Neuf Telecom est de l'avis que l'ART "devrait vérifier que les offres de gros permettent de reproduire les offres de détail de France Télécom sur tout le territoire. [...] La régulation sectorielle a permis de structurer le marché, mais si le marché de gros n'est pas suffisamment mûr, le marché de détail n'éclora pas." De son côté, le délégué général de l'AFUTT, Bernard Dupré, se livre à une analyse critique des deux nouveaux textes réglementaires qui visent à accompagner l'évolution du marché. "Ils sont souvent ambigus, et ne vont pas au bout de leur logique. On reste dans une logique de régulation de transport, alors que l'enjeu est la régulation des services. [..] La neutralité technique est un concept douteux car, par exemple, les obligations ne sont pas les mêmes selon le réseau sur lequel un service est fourni". Le chargé de mission Nouvelles technologies de l'UFC mentionne que l'ART n'a jamais donné sa propre interprétation de la notion de "prix abordable", figurant dans les documents qu'elle publie.

Débats sur la réglementation : sur quels sujets ? à quel moment ?

La réglementation suscite deux débats, alimentés par les représentants des associations de consommateurs que sont l'AFUTT et l'UFC. Le premier concerne les sujets sur lesquels elle doit porter, le second le moment où elle doit intervenir. La régulation doit-elle être plus concentrée, à la fois sur les services et sur le transport ? Le problème est plus complexe que ce que font l'ART et le CSA, selon le délégué général de l'AFUTT. Il rappelle qu'au Royaume-Uni, l'organisme de régulation, l'OFCOM, s'occupe à la fois du transport et des services (1). Pour lui, "la séparation entre régulation du transport et régulation du contenu devient intenable."

Le moment de la régulation constitue un autre débat. Doit-elle se passer ex post (après coup) ou ex ante (à l'avance) ? Pour Bernard Dupré (AFUTT), "la régulation ex post doit agir rapidement et fortement pour fonctionner efficacement. Ce choix est souvent une vision économique." Ainsi, toujours selon lui, "la régulation du tarif des appels fixe vers mobile est difficile parce que ces appels représentent une très grande part du CA des opérateurs. Comment faire une régulation ex post une fois qu'un système est installé ?" Il est soutenu dans cette requête par Julien Dourgnon (UFC) qui souligne que "le prix moyen d'une minute d'interconnexion entre opérateurs est de 6 centimes" alors que la plupart des opérateurs fixes facturent près du double.

1.3 La concurrence

L'organisation (sic) de la concurrence en France

Michel Feneyrol (membre du Collège de l'ART) rappelle que la concurrence importante entre les fournisseurs d'accès à Internet qui existe en France a entraîné des baisses de tarif très significatives. Philippe Nasse, vice-président du Conseil de la concurrence, complète ces explications. "Dans le secteur des télécoms le poids du passé est encore fort et l'émergence du marché ne va pas de soi. C'est un des rôles de l'ART. Le Conseil de la concurrence prend le relais en veillant à ce que les marchés fonctionnent et aboutissent à des prix raisonnables. Ce sont des marchés d'oligopoles dans lesquels il est possible d'instaurer des formes de concurrence efficace, entre petits groupes d'opérateurs. Pour chaque opérateur le prix reste (et doit rester) exogène et ce caractère doit être maintenu." Il rappelle que le Conseil de la concurrence réprimande deux pratiques :

- L'entente entre opérateurs ; ce n'est pas le cas dans les télécoms françaises, car les opérateurs concurrents ne sont pas de même taille.
- La domination par un acteur puissant qui impose son prix à tous les autres. Le Conseil de la concurrence vérifie que France Télécom n'abuse pas de sa position.

Laurent Benzoni, directeur scientifique de l'OMSYC, précise que si les analyses de la Commission européenne sur les opérateurs mobiles sont différentes de celles relatives à la téléphonie fixe, c'est parce qu'il y a eu des réseaux en concurrence pour les mobiles dès l'ouverture du service. Jérôme de Vitry (Completel) rappelle que la concurrence est aussi forte pour le marché des entreprises que pour le grand public. Agnès Ogier, directeur de la stratégie de Cegetel, estime d'ailleurs qu'à l'avenir, il y aura de plus en plus de concurrence, mais sur un marché de plus en plus gros.

Effets de la concurrence : des avis positifs, avec quelques réserves

Les effets de la concurrence suscitent des avis positifs, mais aussi quelques réserves. Le président d'ETNA France estime que "lorsque chaque opérateur dominant cherche à protéger son pré carré sous prétexte de protéger ses investissements, il a tort. Notre point de vue est que l'ouverture de leur marché aura un tel impact sur la chaîne de valeur que l'effet sera très important, que ce sera tout bénéfice pour le consommateur. L'opérateur dominant verra son marché croître en volume, même si sa part de marché baisse. La structure ouverte du PC en est l'illustration même. Internet en est aussi une démonstration spectaculaire." Jean-David Chamboredon (3I) de son coté mentionne deux domaines où la situation française n'est pas satisfaisante en matière de concurrence :

- "L'achat auprès des PME par de grandes entreprises, notamment par les grandes administrations ;
- La protection du patrimoine des innovateurs et créateurs d'entreprises."

Le chargé de mission TIC de l'UFC rappelle que cette association a constaté que dans les économies de réseaux où il y a de grandes concentrations des opérateurs, le libre jeu de la concurrence n'est pas assuré automatiquement. C'est la situation qu'elle a observé de près dans la grande distribution ou les banques. L'association de consommateurs redoute que le même problème se produise dans les télécommunications.

1.4 Fracture numérique

La fracture numérique est géographique et évolutive

Alain Ducass, chef de la mission Aménagement numérique du territoire à la DATAR fait connaître les résultats d'une étude menée sur toute l'Europe qui montre l'existence de différences significatives entre le rural et l'urbain. "D'où la nécessité de prendre en compte une problématique d'aménagement du territoire, rôle de la DATAR, pour éviter que s'installe une fracture numérique géographique." Il existe 3 types de zones pour le haut débit en France aujourd'hui : les dégroupées, les couvertes et les non couvertes. Michel Feneyrol (ART) précise que "la perception de la différence de débit", liée à l'éloignement du central ou du répartiteur pour l'ADSL, "est en train de s'amplifier".

Alain Ducass précise que cette fracture numérique géographique change tous les ans. Il faut bien voir que la mentionner n'est pas une mode aujourd'hui, qui va passer demain, "c'est un phénomène permanent et continu sur lequel la DATAR doit veiller en permanence." Il souligne ensuite que la France a une des meilleures positions en Europe pour l'avancée du dégroupage. La question se pose s'il existe une réelle différence de service pour les habitants selon qu'ils sont dans une zone dégroupée ou non. "Il faut bien voir qu'il y a les mêmes attentes de services dans les campagnes que dans les villes."

Elle est prise en compte par l'ART et la DATAR

L'ART et le Conseil de la concurrence prennent-ils en compte la fracture numérique ? Alain Ducass répond en indiquant que le gouvernement a donné son avis et énoncé son programme lors du CIADT du 14 septembre 2004. Michel Feneyrol mentionne que l'examen des zones défavorisées fait partie des missions de l'ART. De plus, l'ART fait également des mesures systématiques de la couverture mobile. Le processus est enclenché mais il y a encore beaucoup de chemin à faire dans certaines zones.

2. Les enjeux technologiques

2.1 Le haut débit

Un bilan actuellement satisfaisant

Selon Michel Feneyrol, à la fin de 2004 on compte 6 millions d'abonnés haut débit en France et 1,5 million de lignes dégroupées. En France aujourd'hui, les tarifs haut débit sont à un niveau bas, parmi les plus faibles du monde. De plus, les pays qui ont des tarifs encore plus bas, comme Singapour, n'ont pas du tout la même structure géographique. L'ART n'agit pas sur les tarifs de détail, qui sont déterminés par la politique de conquête des marchés des FAI. Marc Fossier, membre du comité exécutif en charge des technologies chez France Telecom, indique que l'opérateur a prévu une migration progressive des réseaux xDSL vers la fibre optique et qu'il a les moyens d'investir sur toutes les zones d'activité tout en essayant d'avoir des prix homogènes sur l'ensemble du territoire. Selon l'ancien PDG de Wanadoo, Jean-Claude Delmas, il y a eu en 2004, une accélération considérable du haut débit, une forte croissance des opérateurs pour leurs réseaux, la course au débit et l'émergence du multiplay. Jean-Luc Koch, président du CESMO, mentionne que le haut débit fait partie des grandes tendances du marché vers lesquelles s'engagent de plus en plus tous les opérateurs. Cependant, Jean-Claude Delmas estime que "le haut débit explose principalement par montée du bas débit."

Des opérateurs portent leurs offres sur le haut débit

Bruno Janet (France Telecom) précise les nouvelles initiatives lancées en septembre 2004 pour les entreprises :

- Haut débit (jusqu'à 100 Mb) sur 200 zones en France, correspondant à environ 120 000 entreprises.

- D'ici fin 2006, accès à 2 Mb symétrique, quel que soit le lieu en France.

Eric Debrock (France Telecom) rappelle l'offre ADSL Connect (ATM) qui permet de différencier les services, sans nécessiter de dégroupage.
Jacques Veyrat (9 Telecom) explique que "le forfait à 15 € pour 8 Mbits n'est rentable que parce que nos clients prennent aussi notre offre voix et notre offre télévision."
Jérôme de Vitry, PDG de Completel, précise l'offre de son entreprise, tournée uniquement vers la clientèle professionnelle. "Completel a une offre de très haut débit pour les entreprises, avec un débit moyen par client supérieur à 100 Mb par site. Plus les clients ont du haut débit, plus ils en consomment, comme pour la puissance de calcul des PC. Aujourd'hui Completel a environ 2000 clients. Un travail de longue haleine a été effectué pour se doter d'un réseau en fibre optique. L'infrastructure télécom est devenue un élément essentiel de l'attractivité d'un territoire à un niveau européen."

Pourquoi pas des offres combinées ?

Des responsables des deux plus gros opérateurs français, France Telecom et Cegetel, s'expriment sur la montée des "offres combinées" qui susciteraient un nouvel engouement auprès des utilisateurs. Jean-Claude Delmas, actuellement directeur du haut débit à France Telecom, a noté que "la première demande pour le haut débit, c'est pour communiquer. Il faut avoir le potentiel d'offrir en plus la télévision et la voix." Il se demande si tout le monde va prendre l'ensemble de l'offre et répond "pas de sitôt". David Erlich, directeur des innovations produits chez Cegetel, constate que dans le haut débit, la demande, pour l'instant, "c'est Internet et le téléphone".

Les techniques nouvelles : le CPL

Benoît Vedel, directeur stratégie et marchés aéroportuaires chez ADP Télécom, présente l'expérience réussie de l'équipement d'une zone industrielle par la technologie CPL à Reuilly/Bois, déjà desservie par l'ADSL. L'expérience a testé pendant 2 ans l'adaptation de l'offre aux besoins. Constat mitigé : le CPL donne la symétrie du débit, qui est valorisée par 10 à 15% des entreprises. Celles-ci sont prêtes à payer 50 à 100 € par mois pour 1 Mb symétrique. Pour qu'un opérateur propose du CPL, il faut un minimum de clients sur une zone. D'autres collectivités locales que Reuilly/Bois se posent la question, mais elles ne font pas partie du marché d'ADP. Les autres opérateurs se montrent réservés sur cette technologie. Antoine Veyrat (LDCollectivités) considère qu'elle n'est pas a priori sans intérêt. Pierre-Antoine Thiebaut, responsable marketing data entreprises chez Cegetel, indique que cet opérateur a fait des expérimentations avec le CPL pour le déployer à l'intérieur des entreprises, notamment afin de vérifier la compatibilité de certains équipements avec l'offre de Cegetel. Isabelle Lorin de Reure, directeur Grands comptes industrie chez France Telecom, mentionne que l'opérateur n'a pas encore pris de décision à l'égard de cette technologie.

Les techniques nouvelles : le Wifi

Deux fournisseurs d'équipements, Nortel et intel, constatent la maturité et le succès de la technologie Wifi. Jean-Michel Evanghelou, directeur marketing et stratégie chez Nortel, "la technologie Wifi est aujourd'hui complètement mature. On sait gérer la sécurité." Il y a une très grosse demande dans les entreprises ; 35% des grands comptes dans le monde l'utilisent. "Le marché des hot spots montre que le Wifi correspond à une pico-cellule, quelques centaines de mètres. Sinon, il faut évoluer vers d'autres technologies." Gilles Karolkowki, chargé de mission mobilité pour Intel, signale le "franc succès dans les entreprises pour le Wifi avec l'offre Centrino d'Intel. Fin 2003, il y avait 900 hot spots équipés en Wifi, aujourd'hui il y en a plus de 7000. Le Wifi deviendra de fait un standard dans les entreprises." Isabelle Lorin de Reure de France Telecom a constaté que les nomades sont de plus en plus nombreux dans les entreprises : commerciaux, agents de maintenance, VRP, etc. et que les entreprises sont de plus en plus imaginatives. "Essayer le Wifi, c'est l'adopter." De plus, France Telecom a une offre satellite + Wifi pour les communes non couvertes par l'ADSL et les zones blanches.

Les techniques nouvelles : le Wimax

Selon Bruno Potdevin, vice-président Business Development & Marketing au Groupe Mobile d'Alcatel, le Wimax (Worldwide Interoperability for Microwave Access, interopérabilité mondiale des accès par faisceaux hertziens), norme 802.16, "met un peu d'ordre parmi toutes les techniques de haut débit sans fil. Il devrait bénéficier en Europe d'une fréquence à 3,5 GHz." Le succès du Wimax va dépendre de son coût pour l'utilisateur final. Il offre une couverture plus grande que le Wifi et davantage de sécurité. En zone rurale, son rayon de couverture peut atteindre 10 Km. Il devrait servir pour des usages fixes, notamment la couverture des zones blanches. Sa collègue Martine Lapierre, CTO Mobile Group d'Alcatel, précise qu'une organisation, le Wimax Forum, est chargée de définir des standards et un processus de certification pour garantir l'interopérabilité des équipements. En France, un lobby Wimax est en train de se mettre en place pour obtenir la bande de fréquence nécessaire pour couvrir les zones blanches (2). Jean-Marc Guillemain, directeur adjoint Back Office Développement chez Altitude Telecom, présente l'offre de cette entreprise d'ingénierie télécom, seul opérateur à posséder une licence Wimax en France. Elle répond à des demandes de collectivités locales dans le cadre d'une délégation de service public (DSP), en utilisant le Wimax. "La technique radio va permettre d'atteindre l'utilisateur final où qu'il se trouve." Par exemple, le Conseil général de l'Orne, avec Altitude Télécom, prévoit de couvrir 99,9% de son territoire. Fin 2006, devrait être établie une déclinaison du Wimax pour les usages nomades. Jean-Marc Guillemain précise que cette entreprise "ne va pas sur certains territoires sans accompagnement financier public." Pour Jean-Michel Evanghelou (Nortel), "Il semble que ce sont les opérateurs fixes qui se sont appropriés le Wimax, mais les opérateurs mobiles ont aussi leur stratégie." Selon Olivier Chicheportiche, journaliste à silicon.fr, des départements entiers commencent à utiliser le Wimax. Gilles de Robien a déclaré début décembre que cette technique se positionne comme alternative à l'ADSL.

2.2 Le passage de tout le réseau au protocole Internet

Le passage de toutes les opérations au protocole d'Internet ("tout IP"), qui nécessite de mettre du haut débit partout figure parmi les principales forces et évolutions techniques qui modifient le paysage des télécoms. Pour David Erlich (Cegetel), "l'apport principal du haut débit, c'est de pouvoir faire de la voix sur IP". L'opérateur britannique BT a pris la décision de transformer son réseau pour prendre en compte le haut débit et de passer en "tout IP". C'est un investissement de 3 milliards d'€ sur 5 à 7 ans. Selon Olivier Campenon, PDG de BT France, cette opération vise à assurer la convergence du mobile et du fixe, de la voix et des données. Elle entraîne "de fortes conséquences :

- La facture à la minute va disparaître au profit d'une facturation au service.
- Un seul numéro de téléphone servira pour un individu donné.
- Possibilité de création de nouveaux services."

D'autres opérateurs l'envisagent également. Selon Cedrik Neike, directeur international des solutions mobiles chez Cisco, certains opérateurs sont en train de passer à un réseau tout IP et réinventent totalement leur infrastructure dans ce but. Selon Philippe Bernard, vice-président Business Solutions d'Orange, la voix sur IP est un environnement idéal pour offrir le même service aux clients professionnels au bureau, chez eux et en déplacement. Le câblo-opérateur Noos envisage de lancer une offre de voix sur IP.

2.3 Progrès des terminaux

Marc Fossier, membre du comité exécutif en charge des technologies de France Telecom, mentionne, parmi les principales évolutions techniques : Le développement du sans fil, UMTS, Wifi, etc ;, associé à la montée en fréquences de terminaux plus puissants, avec la notion de connectivité permanente L'augmentation de la capacité des terminaux, qui implique de modifier la conception des services, par exemple pour faire du téléphone sans réseau téléphonique.

2.4 Convergence fixe-mobile

Une des grandes tendances du marché

Jean-Luc Koch, président du CESMO, met en avant que, face au déclin de la téléphonie classique et aux attaques de la téléphonie par voix sur IP, plusieurs actions se dessinent, notamment le lancement de services convergents fixe/mobile. Cette tendance pousse les opérateurs actuels (fixes, mobiles et FAI) à s'entendre autour d'offres plus convergentes et d'organisations plus intégrées. Daniel Kaplan, délégué général de la FING, pense que "d'ici 10 à 15 ans, la distinction fixe/mobile semblera totalement désuète." Didier Quillot (Orange France) déclare que "France Telecom croit beaucoup à la convergence fixe/mobile. L'opérateur a commencé à la proposer aux entreprises, car celles-ci ont besoin d'un opérateur qui assure une continuité de services." Gilles Karolkowki, chargé de mission mobilité chez Intel, estime que pour les utilisateurs, "la première motivation, c'est d'avoir en déplacement le même niveau de confort qu'au bureau."

Le projet Bluephone de BT

La convergence existe déjà pour les entreprises, mais aussi pour le grand public, avec le projet Bluephone, lancé par BT au Royaume-Uni et décrit par Olivier Campenon, PDG de BT France. Il part du constat que 30% des appels sont faits à partir d'un téléphone mobile. Dans ce projet, l'utilisateur se sert du même terminal chez lui, à l'extérieur ou à son bureau. L'appareil détecte où il est et bascule automatiquement sur le réseau le moins cher en fonction du numéro demandé et du débit nécessaire. Pour cela, il faut que les réseaux fixe et mobile se parlent, "c'est du MVNO+, grâce à un accord entre BT et Vodaphone". Le client a un contact avec BT. Ce système est actuellement en test au Royaume-Uni. De l'expérience de Bluephone, Isabelle Chapis, DGA et directeur marketing d'Arcome, tire la leçon qu'il peut y avoir un conflit entre un usage très personnel – le mobile – et un usage familial - le téléphone fixe -, entre le collectif et le domestique. L'expérience de BT est une des plus regardées en Europe. Selon elle, trois freins ont été identifiés pour l'instant :

  • Frein technique, la consommation électrique des terminaux mobiles.
  • Questions sur la tarification.
  • Difficultés par rapport aux usages.

Olivier Campenon signale qu'une association d'opérateurs dans le monde est en train d'être constituée pour promouvoir la convergence fixe/mobile. Déjà, selon Cedrik Neike (Cisco), Swisscom propose pour 150 FS (environ 100 €) une connexion suivie toute la journée, où que l'on soit et à Hong Kong il est possible de disposer de la fusion du mobile et de la voix sur IP.

Conditions pour la réussite de la convergence fixe-mobile

Pour Jean-Louis Constanza, vice-président de Tele2 Europe, "la convergence se développera quand des MVNO ambitieux (visant plus d'un million de clients) seront présents sur le marché." Olivier Anstett, directeur marketing de Tele2 France, rajoute qu'"il faut que ça devienne une technologie pour tous, ce qui est un véritable défi." Pour Agnès Ogier (Cegetel), "l'attente vis-à-vis de la convergence fixe/mobile s'exprime par la continuité de service." Selon Cedrik Neike, la question est de savoir qui va réaliser la convergence ? Et où ? Est-ce que ce sera un opérateur, un terminal, une entreprise de service ? Enfin Philippe Bernard, vice-président Business Solutions d'Orange, souligne que "la mise en place de la convergence risque d'être freinée par le manque de compétence en matière de téléphonie mobile des PME qui installent les PABX fixes." À ce sujet, l'UFC propose ce que Laurent Benzoni, directeur scientifique de l'OMSYC, appelle "un dégroupage des réseaux mobiles."

2.5 Interopérabilité des réseaux

Edmond Cohen, président d'ETNA France, insiste sur le fait que pour ses membres, l'enjeu majeur est le concept d'interopérabilité des réseaux. Il mentionne que "Western Telecom propose un service IP Centrex de PABX virtuel sur une boucle locale IP. Cette offre permet la convergence du réseau téléphonique, du réseau interne IP et d'Internet. L'étape suivante est d'assurer la gestion d'utilisateurs sédentaires et d'utilisateurs nomades. La troisième étape correspond à l'intégration des mobiles dans le PABX virtuel. Ceci est impossible aujourd'hui, et nécessite pour Western Telecom d'avoir le statut de MVNO." Selon Bernard Dupré (AFUTT), un autre sujet qui serait intéressant de réguler est celui de l'interopérabilité. "Nos contacts avec les utilisateurs mettent en avant les problèmes de la portabilité des numéros dans le dégroupage total, qui contient beaucoup d'actions sur la "quincaillerie" (câblage dans les centraux)."

3. Les utilisateurs et les services

3.1 Position générale des utilisateurs

Quelques facteurs qui influencent l'évolution des marchés

Selon Marc Fossier (France Telecom), le marché télécom est avant tout un marché de transport, mais plusieurs tendances sont en train de le faire évoluer : "l'insistance sur la notion de connectivité, les demandes de gestion de la présence, d'identification et de sécurité et l'exigence de systèmes de paiement simple. Une des principales évolutions techniques est le développement de plates-formes de services de plus en plus horizontales." Pour sa part, un acteur financier comme Jean-David Chamboredon (3I), mentionne que les secteurs sur lesquels son entreprise à envie d'être présente sont assez peu techniques, "ce sont plutôt des services comme la gestion des terminaux, ou des mélanges de télécoms et de contenus."

Comportement et demandes du grand public

La pénétration rapide des services grand public fait partie du constat général émis par les acteurs financiers sur le marché des télécoms. Michel Feneyrol a constaté que le comportement des consommateurs évolue ; ils demandent des forfaits, des offres multiservices (voix + données + télévision). Cependant, Jean-Claude Delmas, ancien PDG de Wanadoo, souligne la très faible utilisation d'Internet en France, avec un taux de pénétration extrêmement faible, comparé aux autres pays européens. Internet n'est pas un outil de communication essentiel en France, à la différence des Pays-Bas et du Royaume-Uni. La plupart des offres spécialisées haut débit (jeux, etc.) atteignent à peine quelques milliers d'utilisateurs. C'est le mèl qui est l'application première, quel que soit le débit. David Erlich, directeur des innovations produits de Cegetel, remarque qu'"on revient aux fondamentaux de la communication, qui était le téléphone".

Les facteurs clés du succès d'une offre grand public

L'accueil des clients et le service après-vente
Olivier Campenon indique qu'en Angleterre BT a lancé une grande campagne de publicité avec 3 promesses pour ses services commerciaux :

  • Pouvoir parler à une personne.
  • Arriver à l'heure à un rendez-vous.
  • Ne pas balader un client de service en service, il faut que le client soit servi au bout de 2 interlocuteurs au maximum.

Jean-Louis Constanza (Tele2 Europe) déclare que son entreprise a le même modèle de relations avec les clients dans tous les pays, sans externalisation, le service client est réalisé par l'intermédiaire de sociétés du groupe. "Nous considérons que l'externalisation et l'off-shore sont des freins. En plus, nous essayons de créer des emplois dans des zones sinistrées". Pour sa part, l'UFC a été avisée en 2003 de 11 000 litiges liés aux télécoms, couvrant tout leur champ, ce qui lui donne une vue précise des problèmes rencontrés par les consommateurs avec leurs opérateurs. Il en tire trois constats :

  • Les consommateurs veulent des contrats "équilibrés", c'est-à-dire sans clauses abusives
  • Les consommateurs veulent des pratiques "loyales", notamment en évitant les problèmes liés à des présélections abusives, qui ont même touché le président de l'ART
  • Le suivi et l'après-vente sont à revoir. Beaucoup trop de fournisseurs d'accès à Internet ont des coûts modérés qui sont ensuite gonflés par un service après-vente en 0892 à un coût de 34 centimes la minute. Ceci conduit à un coût moyen d'appel entre 1,50 et 4,65 € pour un taux de satisfaction assez faible. Aucun opérateur n'a décidé de se différencier sur cet aspect-là.

Le rôle du prix
Quelques opérateurs lancent une discussion sur le rôle du prix pour le développement des services grand public. Charlotta Thomasson, directeur général délégué de TeliaSonera, met en avant que pour établir les tarifs de ces services, "il faut partir du budget qu'une famille est prête à mettre dans ses dépenses télécoms". Un salarié de Cegetel se demande s'il n'y a pas "une énorme contradiction chez les consommateurs dans leurs propos entre l'accent qu'ils mettent sur les prix et celui qu'ils mettent sur les services".

L'éducation des utilisateurs et la complexité des offres
Les représentants des consommateurs, AFUTT et UFC , insistent sur le fait qu'"il n'y a pas que le prix qui compte pour les consommateurs" (UFC) et qu'un point fondamental est souvent oublié, "l'éducation du marché et des consommateurs" (AFUTT). L'AFUTT va d'ailleurs essayer de rendre visibles des indicateurs de qualité de service pour aider les consommateurs dans leur choix. Pour Agnès Ogier (Cegetel), "simplicité et ergonomie sont les facteurs clés du succès. Il faut des outils d'utilisation évidente, pour lesquels on n'a pas besoin de lire le mode d'emploi." Pascal Prot, président de Legos, considère que "demander au grand public de choisir le même fournisseur pour trois ou quatre services, c'est difficile aujourd'hui. On verra bientôt des chaînes de distribution proposer des terminaux pour chacun de ces services, ce qui va redistribuer les cartes."

Les acteurs financiers réservés sur les services aux entreprises

Les acteurs financiers se montrent réservés sur le développement actuel des services aux entreprises :
"Il y a une pénétration lente des SVA destinés aux entreprises" (Grégoire Revenu)
"Je suis surpris et déçu qu'un secteur, celui de la mobilité pour les entreprises, soit peu actif. Il y a eu peu d'investissements ces dernières années liés à l'arrivée de la 3G" (Jean-David Chamboredon)
"Dans les PME, il y a une forte réticence à externaliser la gestion des systèmes d'information et des télécoms. L'outsourcing des services télécoms est facilité par l'arrivée du DSL et du dégroupage." (Antoine Garrigues)
Jean-David Chamboredon rappelle que pour les applications professionnelles il faut combiner le savoir-faire des grands de l'informatique et des grands opérateurs télécoms et qu'"une grande partie des affaires se font entre grandes entreprises."

Les entreprises désirent une vaste gamme de débits et symétriques

Isabelle Lorin de Reure, Directeur Grands comptes industrie de France Telecom, rappelle que "pour le haut débit, la demande des entreprises porte surtout sur la symétrie des débits, afin de faire passer la voix et la télévision." De son côté, Charles Chone, vice-président de la Communauté urbaine de Nancy, a constaté que "les entreprises veulent des débits symétriques, le rôle des collectivités locales est d'entraîner une compétition entre les opérateurs pour satisfaire cette démarche." Isabelle Lorin de Reure mentionne également qu'une grande entreprise demande toute la gamme des débits. "Le problème de la définition du haut débit commence à se poser. Le très haut débit commence au dessus de 100 Mb. Le HDSL sera à 4 Mb. La question la plus importante pour les entreprises par rapport au haut débit est celle des services." Le PDG de Completel, Jérôme de Vitry, mentionne que son entreprise a une offre de très haut débit pour les entreprises, avec un débit moyen par client supérieur à 100 Mb par site. "Plus les clients ont du haut débit, plus ils en consomment, comme pour la puissance de calcul des PC." Pierre-Antoine Thiebaut, responsable marketing data entreprises de Cegetel, estime que "le très haut débit, c'est le confort d'utilisation". Jean-Michel Evanghelou, directeur marketing et stratégie chez Nortel, rappelle que "pour le très haut débit destiné aux entreprises, il faudra la fibre optique."

3.2 Les services clients de la téléphonie mobile

Vus par les opérateurs...

La panne survenue chez Bouygues Télécom le 17 novembre 2004 suscite un débat sur les services clients des opérateurs mobiles.

Bouygues Telecom : Pour Gilles Pelisson, PDG de Bouygues Telecom, "quand on a une panne, ça devient dramatique". Le service client est internalisé, "nous devons maîtriser ce savoir-faire". En général, le service client de Bouygues Telecom reçoit environ 90 000 appels par jour.

Orange : Didier Quillot, PDG d'Orange France, indique qu'Orange a déjà eu des problèmes, "mais pas aussi graves que Bouygues en novembre dernier." Environ 85% des appels des clients sont traités en interne par Orange ou France Telecom. Le reste est sous-traité en France, chez 3 ou 4 partenaires. "Nous avons pris la décision de ne pas sous-traiter à l'étranger. Les plateaux de réception des appels comprennent de 100 à 400 personnes, jamais plus. Au Royaume-Uni (chez Orange UK), il y a des plateaux de 2000 personnes, très taylorisés.Orange veut se différencier par sa relation client, ce qui explique une telle philosophie."

SFR : Frank Esser, président du groupe SFR, précise qu'au total SFR a environ 8 000 personnes dans ses centres d'appels, dont la moitié sont externalisés, en partie en raison de la difficulté de trouver des gens pour travailler 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Phone House : Jean-François Blondel (Phone House) rappelle que le CNC a transmis l'obligation d'une information préalable résumant les engagements contractuels pour l'avant-vente. "Il faut constater que ça ne marche pas, que les opérateurs n'ont pas distribué ces feuilles dans les points de vente." Il pense que la distribution est bien placée pour répondre au client. "Mais si elle prend cette fonction en charge, il faut qu'elle en ait les moyens. Où va-t-elle les trouver ? S'agit-il d'une marge sur les produits ? sur les services ? d'une commission des opérateurs ?"

.. et vus par les utilisateurs

Valérie Morrisson, directrice du secteur télécoms à TNS Sofres, précise que les consommateurs expriment de plus en plus le besoin de savoir qui appeler (l'opérateur ? le magasin ?) et quelles sont les responsabilités de chacun. Ils attendent de n'avoir qu'un seul interlocuteur capable de lui répondre. Ils ont besoin de démonstrations dans les points de vente. En bref, "toutes les craintes liées à l'informatique arrivent dans la téléphonie mobile". Bernard Dupré (AFUTT) souligne que le service client est l'un des plus importants critères au-delà du prix. L'AFUTT a suivi le parcours du client : avant, pendant et après la vente. Il mentionne quelques chiffres d'une enquête de Dimension Data, qui a fait un benchmark sur 200 centres d'appels à travers le monde. La qualité de service baisse depuis 1999. Le temps de réponse moyen est passé de 24 secondes en 1999 à 29 secondes en 2004. Le nombre d'appels pris en moins de 10 secondes a baissé de 70% en 1999 à 60% en 2004. Le temps de réponse moyen à un mèl est de 22 heures.

3.3 Services pour les mobiles

Les services actuels sur le GSM

Victor Marcais, directeur associé de Cap Gemini, explique que le revenu lié au transfert de données prend une importance croissante pour les opérateurs mobiles européens. Il devrait passer de 40% en 2004 à 70% en 2005. Cependant, cette croissance est moindre que les chiffres attendus et moindre qu'en Asie. Martine Lapierre, CTO Mobile Group d'Alcatel, souligne qu'au Japon et en Corée le revenu venant du transfert des données atteint environ 40% du total, alors qu'en Europe il n'est que de 10 à 15%. Les SMS, rappelle Victor Marcais, représentent environ 82% du revenu lié au transfert de données des opérateurs mobiles européens. Julien Dourgnon de l'UFC Que Choisir ?, polémique sur leur prix :"Nous ne pensons pas que 15 centimes l'unité soit un prix de marché. Il y a matière à réguler le marché de gros des SMS qui n'est pas concurrentiel. De plus, remarquez la faiblesse des innovations. Par exemple, aucun opérateur n'a proposé pour l'instant de SMS reportables d'un mois sur le suivant." Eric Debrock, directeur de la réglementation à France Telecom, réplique que "la Commission européenne n'a pas reconnu le marché des SMS comme un service particulier nécessitant une régulation du marché de gros." Gilles Pelisson (Bouygues Telecom) mentionne l'expérience de son entreprise avec le i-mode, grâce à la licence prise chez DoCoMo, qui continue de se développer, notamment dans les entreprises. Il existe déjà des techniques intermédiaires entre le GSM et la 3G, comme EDGE, "petite adaptation du GSM" selon Jean-François Caillard (SFR), mais qui "garde les problèmes de celui-ci."

Les services liés à la 3G

Les premières utilisations sont surtout pour des ordinateurs portables
L'expérience américaine, souligne José Robles directeur de comptes chez Lucent, met l'accent sur les services mobiles aux entreprises avec comme terminal un PC portable. Pour Daniel Kaplan (FING), "ce qui croît au Japon, c'est le mobile tourné vers l'extérieur". Jean-François Caillard (SFR) indique que Vodaphone a lancé en novembre 2004 la 3G dans 13 pays européens. Chez les clients d'Alcatel en Europe, l'attaque de la 3G a été d'abord sur les cartes PC.

Stratégie de SFR : Frank Esser (président du groupe SFR), explique que SFR a déjà investi 1,3 milliard d'? sur la 3G, licence comprise, et peut assurer aujourd'hui un taux de couverture en 3G de 38% du territoire. "Le multimédia est un nouvel enjeu de la relation client. Beaucoup de nouveaux services vont arriver avec la 3G. SFR mise sur des services tels que les SMS ou MMS avec photos et vidéo." Jean-François Caillard, directeur du programme 3G, précise que la 3G est une offre de services et de tarifs. Les principales applications envisagées par l'opérateur sont :

  • l'utilisation d'Internet pour les PC, notamment les mèls,
  • la visiophonie et la vidéo,
  • les téléchargements de musique, de vidéos et de jeux.

Avec la perspective qu'il ne sera plus vendu de terminaux 2G vers 2007-2008, il estime qu'il y aura 500 000 terminaux 3G fin 2005.

Stratégie d'Orange : Julien Billot d'Orange France expose que "le haut débit mobile est un service à fournir aux clients" et que l'offre d'Orange s'appui sur trois blocs de services : la vitesse, l'image et la voix. Didier Quillot d'Orange France annonce le lancement avant Noël de l'offre "Orange Intense", dans le cadre de la stratégie de "haut débit mobile pour tous partout" dont fait partie la stratégie 3G de France Telecom.

Dans l'attente d'un nouveau service : De fait, comme indique Jean-François Blondel (Phone House), tous les opérateurs sont "en attente de contenus fantastiques liés aux données. Mais on ne peut pas répéter ce qui s'est fait avec le Minitel, qui, lui, était seul." Pour Jean-Claude Delmas , "il n'y a pas d'émergence d'usages nouveaux avec le haut débit mobile". Victor Marcais (Cap Gemini) est du même avis : "Il n'existe pas d'application au-delà des SMS."

Perspectives offertes par la 3G : surtout des applications de communication

Daniel Kaplan (FING) estime que la voix pure va représenter environ la moitié des revenus de la 3G, les autres contenus seront liés à la communication. "On est loin, et l'on restera loin pendant longtemps, du mobile comme media." Julien Billot (Orange France) résume la situation en disant que "le développement des usages sur le fixe préfigure le développement des usages sur le mobile. Le débit crée le service."

Quelles sont les autres perspectives offertes par l'arrivée de la 3G ?
Les échanges de contenus : Daniel Kaplan pense que ce qui va se développer, ce sont des échanges de contenus (photos, messageries instantanées) entre utilisateurs, dans un contexte de continuité.
La création de communautés : Pascal Thomas (Orange France) pense que la notion de communauté est en train de se créer sur le mobile. N'importe qui peut en créer une parce que tout a été automatisé
La connexion permanente : Selon Abdelkrim Benamar d'Ericsson France, l'ADSL a permis le passage à la connexion permanente pour le fixe, la 3G fera la même chose pour le mobile.
Un marché au-delà des sonneries : Dès 2005, la 3G fournira un environnement qui permettra de faire plus que des SMS et Gilles Babinet, PDG de Musiwave, envisage de fournir un service de reconnaissance musicale par lequel le mobile télécharge un morceau qu'il a écouté. Pour Daniel Kaplan, il s'agit encore de l'emploi du mobile comme outil de communication.
Des services liés à l'identification : Olivier Campenon (BT France) donne l'exemple d'un service de mobilité un peu différent que BT est en train de développer : RFID, radiofréquence identification. Grâce à une petite puce transportant un certain nombre de données, il est possible de suivre un individu ou un objet. Ainsi Wal-Mart vient d'imposer à tous ses fournisseurs de mettre cette puce sur leurs produits, ce qui transforme la chaîne logistique et son suivi. Daniel Kaplan, qui fait partie du jury des Trophées de la mobilité récompensant des innovations d'entreprises, indique qu'il y a vu cette année une très forte poussée du RFID pour identifier des objets ou des personnes.

3.4 Les applications liées à l'image animée (télévision et visiophonie)

La rencontre du monde des télécoms et de celui de l'audiovisuel, avec la fourniture de télévision via l'ADSL et la TNT, participe des grandes tendances actuelles du marché. Elle va se traduire principalement par deux types de services : la fourniture de la télévision via les réseaux et la visiophonie.

La télévision passe déjà par l'ADSL

Alors que l'ETNA va publier mi-décembre un livre blanc de réflexion sur la télévision et l'ADSL, Michel Feneyrol (ART) se demande si "des progrès suffisants dans la compression" permettront de faire passer avec l'ADSL la télévision à haute définition et les DVD.

Michael Boukobza, directeur général délégué du groupe Iliad, mentionne que "l'offre de Free à 30? tout compris en France [pour l'ADSL] a la "chance" que les 2/3 des Français ne reçoivent que 5 chaînes de télévision".

Numéricable a fait le choix délibéré de ne pas lancer d'offre sur la voix pour mieux se concentrer sur le marché de la télévision. Noos, leader mondial hors câblo-opérateurs américains aux Etats-Unis , qui appartient maintenant à UGC (United Global Communications) entend valoriser l'actif que constitue le fait que le cœur de ses réseaux câblés (jusqu'à 500 m de l'abonné) soit en fibre optique.

Jean-Michel Evanghelou (Nortel) note qu'on va vers le très haut débit résidentiel, 100 Mb : "mais à quel horizon ? Peut-être que l'utilisation grand public sera la diffusion de la TVHD." Jean-Claude Delmas, actuel directeur des hauts débits chez France Telecom, rappelle que "la première demande pour le haut débit, c'est pour communiquer. Il faut avoir le potentiel d'offrir en plus la télévision et la voix." Il pose la question "est-ce que tout le monde va prendre l'ensemble de l'offre ?", à laquelle il répond "pas de sitôt".

Jean-François Caillard (SFR) estime que la 3G mobile va entraîner "la même chose que ce qu'on a vu avec l'ADSL", c'est-à-dire le transport de la télévision. David Erlich, directeur des innovations produits de Cegetel, doute que la diffusion de la télévision soit du ressort d'un opérateur télécom, car "la télévision n'est pas un moyen de communication, c'est une affaire de contenu."

La visiophonie sera-t-elle un marché porteur ?

Frank Esser (SFR) annonce clairement les attentes de cet opérateur par rapport à la 3G : "on croit fortement à la visiophonie". Jean-François Caillard, le directeur de ce programme, la cite en seconde position des principales applications envisagées de cette technique. Jean-Claude Delmas (France Telecom) se montre moins optimiste : "la visiophonie ne décolle pas. La taille critique n'a pas encore été atteinte."

4. L'évolution des acteurs

4.1 Le fonctionnement des opérateurs

Les réseaux passent en fibre optique

Parallèlement aux innovations en cours dans le domaine des services, il faut noter la transformation progressive et nécessaire des réseaux de transport, comme l'annoncent Michel Feneyrol (ART) qui déclare que "progressivement va se poser le problème du remplacement des réseaux de cuivre. Ce sera un long mouvement. Ce genre de déploiement a commencé en Asie (notamment en Corée) et aux Etats-Unis " et Jean-Michel Evanghelou (Nortel) qui signale que "de grosses opérations sont en cours dans le monde, par exemple aux Etats-Unis , pour installer des fibres optiques."

Deux critères de segmentation des opérateurs

La propriété ou non du réseau de transport est un des deux critères qu'utilise Jean-Luc Koch de CESMO pour classer les opérateurs actuels, qu'ils se consacrent au seul téléphone ou à l'offre combinée voix+Internet+TV ; le second étant la séparation fixe/mobile. Il obtient le tableau ci-dessous pour les plus importants opérateurs grand public :

  Fixe Mobile
Sans infrastructure propre "switchless telephone
companies" :
OneTel
Tele2
Neuf Telecom
Tele2
Breizh
Debitel
Propriétaire d'infrastructure Neuf Telecom
Cegetel
France Telecom
Bouygues
SFR
Orange

Vers la séparation des services et des infrastructures

À l'avenir, la séparation des services et des infrastructures, qui figure parmi les grandes tendances du marché, notamment avec l'essor des opérateurs virtuel (VNO), devrait conduire à une nouvelle segmentation des opérateurs. L'émancipation des services et de l'infrastructure est d'ailleurs, toujours selon Jean-Luc Koch, une tendance lourde que l'on a déjà vue à l'oeuvre dans les transports ferroviaires, l'énergie et l'audiovisuel. Dans les télécoms les besoins à satisfaire sont très différents :

Service
  • Satisfaire le client :
  • Relation contractuelle librement consentie
  • Environnement concurrentiel loyalement accepté dans un contexte régulé
Infrastructure
  • Satisfaire la communauté nationale dans toute sa diversité :
  • Aménagement du territoire
  • Engagement de l'état pour l'égalité des citoyens face à la distribution de l'information
  • Engagement de solidarité envers les plus défavorisés

La question majeure sera de savoir si un opérateur doit posséder des infrastructures pour être un fournisseur de services pertinent. Gilles Pelisson (Bouygues Telecom) apporte un élément de réponse, en affirmant que "le métier de Bouygues Télécom, c'est d'être une utility moderne, comme l'eau, on ne peut pas se passer de ses services".

La transformation du business model des opérateurs

En même temps se posera la transformation du business model des opérateurs, exprimée par plusieurs d'entre eux :

  • "En transformant notre réseau, nous sommes conscients de transformer notre business model" (Olivier Campenon de BT France)
  • "Les évolutions techniques vont entraîner une révolution dans le fonctionnement des opérateurs" (Marc Fossier de France Telecom)
  • "L'enjeu, c'est la continuité du service, forme naturelle et légitime, qui nécessite d'optimiser en même temps la tarification et les débits" (Agnès Ogier de Cegetel)

Cependant, il faut envisager une nouvelle segmentation des activités, comme l'indiquent Philippe Bernard (Orange) "après la convergence on reviendra à séparer ce qui relève du haut débit et ce qui relève de la mobilité" et Jean-David Chamboredon (3I) "la voix est devenue une application parmi beaucoup d'autres et ne représente plus le cœur du business. Il est possible qu'à l'avenir les opérateurs gagnent plus d'argent en vendant des antivirus que de la voix."

4.2 Les opérateurs mobiles virtuels (MVNO)

Une situation européenne diversifiée

Selon Jean-Luc Koch (CESMO), face au déclin de la téléphonie classique et aux attaques de la téléphonie par voix sur IP, plusieurs actions se dessinent, notamment le lancement de MVNO pour cibler des marchés dorénavant plus fragmentés, avec des segmentations par services ou par prix. Patrick Ferraris (Cap Gemini) indique que l'on compte environ une centaine de MVNO en Europe. Même si ce concept semble assez bien compris en Europe, comme l'affirme Jean-François Blondel de Phone House, ce terme n'a pas la même signification selon les pays. Selon l'OMSYC, il faut un périmètre minimal qui inclut le fait d'opérer en direct sur la carte SIM, ce qui différencie le MVNO du commercialisateur d'offre. L'OMSYC propose de classer les pays européens en trois types :

  • Apparition spontanée : Allemagne, Belgique, France, Royaume-Uni
  • Réglementation poussant à leur installation : Danemark, Finlande, Pays-Bas, Suède
  • Pas encore de MVNO

Deux grandes familles de positionnement apparaissent, qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre :

  • Acteurs se différenciant en jouant sur le prix, low-cost Internet ou abonnement prépayé
  • Différenciation par capitalisation sur la marge ou segmentation fine de la clientèle

Jean-François Blondel (Phone House) estime qu'il n'y a pas beaucoup de différences entre un MVNO et une SCS (société de commercialisation de services).

Les MVNO français

Jean-Pierre Champion, président du Directoire de Debitel, explique que sa société a le double positionnement, comme low cost et sur des niches et segments. Breizh Mobile, service démarré en juillet 2004 par Phone House, est une offre prépayée. Deux offres ont été lancées mi novembre 2004 : 8,90 ?/mois pour 30 mn et 15,90 ?/mois pour 1 heure. Son positionnement a un fort contenu régional. Les appels bénéficient de 30% de rabais lorsqu'ils sont passés à partir de la "Bretagne élargie" (une douzaine de départements).

Des opérateurs fixes envisagent de devenir MVNO. Anne de Cadaran (9 Telecom) signale que cet opérateur fixe a commencé des négociations avec les opérateurs mobiles en vue de proposer des services en tant que MVNO. Selon Jean-Louis Constanza (Tele2 Europe), Tele2 est intéressé à devenir MVNO en France, mais le projet avance lentement.

Le fonctionnement des MVNO

Jean-François Blondel (Phone House) précise ce qu'il estime être les conditions pour se lancer comme MVNO :

  • L'accès au marché est fondamental
  • Contenu intéressant pour les propriétaires de réseaux
  • Trois aspects du low cost
  • Offre d'abonnement à un prix bas
  • Structure d'exploitation la plus légère possible
  • Attitude de non agressivité vis-à-vis du propriétaire du réseau

Au Royaume-Uni, par exemple, l'offre Virgin + Deutsche Telekom fonctionne bien et réalise, selon lui, un bon équilibre gagnant/gagnant.
Les relations entre MVNO et propriétaires de réseaux mobiles suscitent le commentaire suivant de Julien Dourgnon (UFC-Que Choisir ?) :"Debitel est plus cher que Bouygues, ce qui pose la question de la régulation des marchés de gros entre opérateurs virtuels et opérateurs propriétaires de réseaux", auquel répond Jean-Pierre Champion de Debitel : "Nous n'avons pas de pacte de non agression. Tous les jours nous cherchons à prendre des parts de marché à Orange, SFR et Bouygues. Nous proposons des abonnements moins chers que les leurs, entre 1 et 5 ? par mois."

4.3 Le rôle des collectivités locales

Prise de conscience du rôle des collectivités locales

Alain Ducass (DATAR) déclare qu'il s'est aperçu "que les collectivités locales ont pris conscience du fait qu'un développement économique sérieux sur un territoire exige une infrastructure ouverte. Par exemple, dans le Tarn, le dégroupage arrive déjà aujourd'hui dans les villes de 5000 habitants." Un récent rapport de la Commission européenne souligne que les collectivités locales ont leur rôle à jouer lorsque le marché ne remplit pas les besoins de la population. Ce besoin d'aménagement du territoire et de réduction de la fracture numérique se retrouve dans de nombreux pays (Suède, Royaume-Uni, Italie, Japon, Corée, etc.).
L'intervention des collectivités locales correspond à trois besoins :

  • Une demande croissante de débit, et surtout de haut débit symétrique
  • Nécessité qu'un minimum de concurrence se développe
  • Existence de régions très peu peuplées où, sans intervention publique, aucune offre de haut débit ne serait proposée avant longtemps.
Les collectivités locales sont considérées comme des opérateurs de gros. Dans les projets déjà déposés à la DATAR, 11 viennent des régions, 47 des départements et 67 de communautés de communes ou d‘agglomérations. Dominique Roux (ART) précise que le montage juridique peut prendre la forme d'un marché public ou - mieux - d'une DSP. La loi prévoit que les projets sont simplement transmis à la DATAR qui n'a pas d'avis à donner mais peut apporter son expertise. Grâce aux nouveaux textes français, on peut aller plus loin qu'avec les précédents. L'attribution de fonds publics peut se faire à travers des mécanismes clairs. Alain Ducass mentionne une décision qui va faire jurisprudence et faciliter les projets des collectivités locales : l'aide du Conseil général à une délégation de service public de télécoms n'est pas une aide d'Etat, c'est une contribution autorisée et éligible au titre des apports locaux dans un programme européen.

Deux expériences de collectivités locales

Charles Chone, vice-président de la Communauté urbaine de Nancy, indique que depuis le lancement de cette initiative en 1996, la situation a beaucoup évolué. Un grand pas a été franchi avec la loi actuelle qui tranche le problème et autorise explicitement la communauté urbaine de Nancy à gérer elle-même le réseau, sans DSP. Nancy mutualise les moyens de France Telecom avec les siens.

Didier Loth, président fondateur du CADICT (Club des acteurs locaux pour lé développement des infrastructures numériques et des communications électroniques), présente le projet du département de l'Oise qui a commencé au printemps 2004. Considérant que les télécoms sont un service public local et que l'outil le plus approprié pour une collectivités locale est la DSP sous forme de concession, avec une gestion déléguée en raison de l'extrême complexité du métier d'opérateur télécom, l'Oise a engagé 27 millions d'€ sur 20 ans, sous forme de subventions du Conseil général. À l'issue de la concession tous les équipements seront sa propriété. Selon Didier Loth, les collectivités locales ne détiennent pas les compétences nécessaires. La DSP - et elle seule - permet les négociations nécessaires avec les offreurs. En moyenne, 5 à 6 consortiums répondent à chaque DSP. Un consortium est généralement constitué d'un opérateur télécom, d'un équipementier et d'une société de génie civil. Il faut que le partenariat soit équilibré, la collectivité locale doit s'entourer des compétences techniques et juridiques nécessaires. Antoine Veyrat (LDCollectivités) précise que LDC est impliqué dans le projet de DSP de l'Oise.

Rentabilité des télécoms pour les collectivités locales

Charles Chone (Nancy) écarte la question de la rentabilité des télécoms pour une collectivité locale :"lorsqu'une collectivité locale construit une route, calcule-t-elle sa rentabilité ? Celle-ci est indirecte. C'est la même chose pour les télécoms." Les investissements qui coûtent cher sont des investissements lourds – travaux, gaines, etc. – qui sont sur du long terme, ce ne sont pas les équipements purement télécoms, qui évoluent vite, qui coûtent le plus cher. Il y a en plus un volet social qui n'est pas neutre pour une collectivité locale. Patrick Vuitton, délégué général de l'AVICAM (Association des villes pour le câble et le multimedia), précise que sur les réseaux urbains, il y a un retour sur investissement nettement inférieur à la durée de vie des produits. Antoine Veyrat (LDCollectivités) indique que pour trouver les capitaux, les banques demandent dans ce cas 10% sur les 20 ans. Jean-Marc Guillemain (Altitude Telecom) est d'avis que "partir sur des durées de DSP de 15, 20 ou 25 ans dans le secteur télécom est un pari", mais en fait "ces durées sont issues des cas précédents comme l'eau", donc peut-être qu'elles n'auraient pas dû être transposées telles quelles. Michel Feneyrol (ART) suggère de préparer la mise en place de fourreaux de fibre optique chaque fois que l'on fait des travaux de génie civil dans les villes.

La position des opérateurs

France Telecom : Bruno Janet (France Telecom) rappelle que, même si Thierry Breton a parlé d'"épée de Damoclès" au sujet de l'intervention des collectivités locales, France Télécom ne remet pas en cause la légitimité de l'intervention des collectivités locales, votée par l'Assemblée nationale. Il reconnaît qu'"il y a quelques années, France Telecom avait un peu oublié la France, pour aller à la conquête de marchés étrangers", mais "France Telecom reconnaît maintenant la nécessité du haut débit pour tous". En janvier 2004 a été lancée l'initiative de "départements innovants", à laquelle un peu plus de 70 départements participent. Elle connaît maintenant une nette accélération. Il indique que pour les demandes de DSP, France Telecom répond au cas par cas en fonction des conditions et de la situation locales, sans dogmatisme, avec une volonté de mutualiser et d'expliquer aux collectivités locales qu'un engagement sur 15 ans est très long dans le secteur télécom. Il faut donc qu'elle choisisse un partenaire pérenne. Isabelle Lorin de Reure et Jean-Claude Delmas précisent que France Telecom a plusieurs offres pour les collectivités locales pour compléter l'ADSL dans les zones blanches, notamment une offre satellite+Wifi. Pour le client final, ce haut débit revient à 20-30 ? par mois.

Cegetel : François Cholley de Cegetel explique que "l'attitude d'un opérateur par rapport à un projet d'une collectivité territoriale prend en compte 4 points importants :

  • La légitimité d'une action publique
  • Les enjeux
  • Les modalités. Elles ne sont pas neutres
  • Ce que compte faire un opérateur donné".

Les collectivités territoriales, à leurs différents niveaux, ont une légitimité en matière d'aménagement du territoire dès lors qu'il y a une insuffisance de l'offre en matière télécom. D'ailleurs certains investissements lourds sont pris en charge par elles depuis longtemps (eau, assainissement, etc.)

Deux enjeux :

  • un enjeu social, distribuer le haut débit au nombre le plus élevé possible de citoyens et d'entreprises ;
  • ceci doit se faire de manière économique, en trouvant une solution qui conduise à la meilleure efficacité

Question associée : le problème de la péréquation tarifaire. Aujourd'hui, il n'y a plus d'obligation de prix unique. Allons-nous tenir longtemps avec des publicités qui annoncent un prix possible à un endroit, mais impossible ailleurs ? Après réflexion, il y a une très grande variété de situations locales, ce qui incite à une meilleure adaptation grâce à la palette de modalités juridiques disponibles.

Cegetel va agir en étant à la fois pragmatique et discriminant.

  • Pragmatique, en s'étendant dans des zones non denses où il existe des solutions techniques. L'apport des collectivités locales sera de mutualiser des moyens. Ce qui est important, c'est de réduire le surcoût lié à la distance et d'éviter de doublonner des infrastructures.
  • Discriminant, Cegetel ne va pas se positionner systématiquement sur tous les territoires.

Neuf Telecom : Antoine Veyrat, président de LDCollectivités, indique que Neuf Telecom a une analyse très proche de celle de Cegetel, avec une volonté d'investir à côté des collectivités locales. L'entreprise a constaté lors de l'installation de fibres optiques passives dans la périphérie de Paris, qu'il manquait des fibres entre les centraux et les répartiteurs ou celles de France Telecom sont trop chères. Un des enjeux des DSP est de faire arriver les fibres optiques jusqu'aux zones d'activité.

5. Conclusion

Le septième Congrès des opérateurs est l'occasion de faire le point sur l'évolution des techniques et des services, théoriquement à l'échelle du monde. Or ce congrès, à l'exception notable de BT, est resté circonscrit à la France, ce qui a grandement limité son intérêt. Il réunit la plupart des acteurs français : opérateurs, constructeurs de matériel, installateurs, prestataires de services, associations d'utilisateurs, collectivités locales, autorités publiques. Il est le témoin des opinions des opérateurs et de leurs performances. Comme ces derniers ont tendance à donner une image plutôt positive de leur action, il reste difficile de déceler les tendances à venir qui se font jour.

Essayons d'aller au-delà de leurs propos en examinant la situation et les perspectives d'abord des télécommunications fixes, puis des télécommunications mobiles.

5.1 Les perspectives des télécommunications fixes

L'optimisme des acteurs français en matière de haut débit est conforté par une étude du ministère finlandais des télécommunications publiée fin 2004. Elle montrait que le coût moyen de l'accès à Internet à 1 Mbit/s était de 28 ? en France, deuxième pays le moins cher d'Europe, derrière l'Estonie (22 ?), alors que le coût moyen dans l'UE est de 41 ? par mois. De plus, ce prix résulte d'une baisse record moyenne de 58% sur un an. Si on fait commencer le haut débit à 512 kbit/s, le prix moyen en France, 25 € par mois, reste parmi les plus bas de l'Union européenne. Il faut remarquer qu'une enquête britannique montre que les utilisateurs du haut débit s'en servent globalement de la même manière que du bas débit, mais ils bénéficient d'une vitesse nettement supérieure !

La voix sur IP, autre application autorisée par le haut débit, commence à être proposée aux entreprises par France Télécom, Cégétel et d'autres opérateurs. France Télécom prétend même mettre la téléphonie sur IP à la portée de toutes les entreprises. Mais il semble que l'opérateur n'ait pas pris la mesure des changements de modèle économique que cette technique va entraîner, en particulier la fin annoncée de la tarification à la distance et à la durée. L'utilisation du protocole Internet paraît inéluctable comme support des communications de toute nature d'ici 5 à 10 ans, mais quelle est la maturité des acteurs à son égard ? la France n'est même pas citée parmi les pays où se mettent en place des projets de téléphonie sur IP dans un rapport réalisé pour BT et publié en novembre 2004...

En ce qui concerne le dégroupage, malgré la fierté de l'ART sur son avancée en France, ce changement est loin d'avoir été réalisé en totalité et constitue une des demandes essentielles des concurrents de France Télécom.

En matière de téléphonie, les membres de France Télécom présents au Congrès des opérateurs se sont bien gardés d'annoncer la hausse du montant des abonnements réclamée par leur Président, que ne compense pas la baisse annoncée du tarif des communications.

Notons que la bataille entre fournisseurs d'accès à Internet, dont les frontières avec les opérateurs s'estompent de plus en plus, porte aujourd'hui essentiellement sur la course aux débits et sur la valeur ajoutée des services, notamment le "triple play", convergence entre la voix, les données et la télévision. L'illustration de cette dernière par le récent appel d'offre de la Ligue française de football pour l'attribution des droits de retransmission des matches de première division, auquel ont répondu trois acteurs inattendus — France Télécom, Neuf Télécom et Free — repose la question de la séparation de l'infrastructure et du service. Les opérateurs télécoms sont-ils aptes à devenir offreurs de programmes de télévision ?

5.2 Les perspectives des télécommunications mobiles

La situation des télécommunications mobiles en France ne semble pas aussi bonne que ce que laissent penser les opérateurs. Le coût réel d'un appel fixe-mobile se situe entre 6 et 8 centimes, alors qu'il est tarifé en moyenne 15 centimes. Pourquoi une telle différence ? Une étude réalisée par l'OMSYC pour le compte de l'ART montre que le taux de pénétration de la téléphonie mobile (63,5%) est le plus faible des sept principaux pays européens en matière de télécommunications (Allemagne, Espagne, Finlande, France, Italie, Royaume-Uni, Suède). Elle montre aussi que la France subit les tarifs parmi les plus élevés, que l'abonné mobile reste sur le réseau de son opérateur ou non. De ce fait, la France a un indicateur de marge nette par client 15% supérieur à la moyenne des 7 pays étudiés.

Une étude menée conjointement par Capgemini et l'INSEAD auprès de 27 opérateurs mobiles européens et de 1216 consommateurs a révélé qu'en cherchant absolument à développer de nouveaux services et à enrichir leurs offres, les opérateurs de téléphonie mobile laissent de côté les demandes les plus fréquentes des utilisateurs : la simplicité, la facilité et le faible coût.

L'expérience des pays où la troisième génération de téléphonie mobile a été lancée en 2004 montre que les premières applications concernent la connexion à Internet de micro-ordinateurs portables. L'image vidéo sur un minuscule terminal n'est absolument pas une demande de ces utilisateurs professionnels. La visiophonie est une lubie de techniciens depuis plus de 30 ans et les tests ont toujours montré qu'elle suscite rarement un véritable intérêt. Alors qu'elle est possible via Internet pour ceux qui veulent faire des vidéoconférences, pourquoi les opérateurs mobiles essaient-ils de l'imposer sur un écran de la taille d'une boîte d'allumettes ?

Enfin, malgré l'avis favorable de l'ART, peu d'accords entre opérateurs mobiles et autres acteurs ont été signés en France pour constituer des MVNO.

Une alliance pour la convergence fixe-mobile (FMCA) a été formée en juin 2004 par des opérateurs de six pays (Brésil, Canada, Corée, Japon, Royaume-Uni, Suisse) afin de lancer des services combinant technologies fixes et mobiles, en coopération avec des équipementiers et des constructeurs spécialisés en Bluetooth et Wifi. France Télécom ne s'y est pas joint, le seul opérateur français qui en fasse partie étant Cégétel. L'opérateur historique français va-t-il passer à côté d'une profonde mutation de tous les réseaux ?

5.3 L'avenir ?

En fin de compte, la France est certes bien placée pour fournir le haut débit aux entreprises et à la population. Mais n'est-ce pas là une condition désormais nécessaire pour l'avenir, insuffisante à elle seule pour garantir le succès ? Devant l'apparent manque d'initiatives réalistes d'acteurs français concernant des produits ou services nouveaux, n'est-ce pas en fait préparer le marché pour des offres conçues par d'autres acteurs ?

Le futur des télécommunications semble se dessiner ailleurs qu'en France, notamment au Royaume-Uni. Les expériences et les projets que BT est en train de mener montrent la voie qui fait converger techniques et services, outils mobiles et fixes et qui utilise uniquement le protocole d'Internet pour transporter toutes les données, y compris la voix.

Gérard Blanc

Annexe. Demande adressée au Directeur général de l'Agence nationale des fréquences

Paris, le vendredi 17 décembre 2004

Monsieur le Directeur Général de l'Agence nationale des fréquences,
78 Avenue du Général de Gaulle, BP400,
94704 MAISONS-ALFORT CEDEX, France

Objet : Besoin d'une bande de fréquence basse pour l'accès large bande sans fil

Dans le contexte d'un plan de ré-affectation des fréquences utilisées par la télévision analogique,

Considérant que la réduction de la fracture numérique dans les zones blanches françaises nécessite une solution sans fil,

Consciente que plusieurs technologies d'accès radio large bande à l'abonné peuvent être utilisées pour servir cet ADSL hertzien (WiMAX, OFDM...)

Reconnaissant que les terminaux de ces solutions radio seront produits à l'échelle mondiale sur les bandes de fréquence communément admises pour ces technologies et qui sont respectivement :
- Bande de type MMDS autour de 700 MHz
- Bande BLR autour de 2.5 et 3.5 GHz
- Bande privée autour de 5 Ghz


Souhaitant permettre aux opérateurs et usagers des zones blanches une économie raisonnable et la mise à disposition de terminaux à des prix comparables aux autres pays,

Je vous demande, dans le cadre des remarques finales de l'ART au projet de ré-affectation des fréquences par le CSA et l'ANFR de bien vouloir faire réserver une bande de fréquence pour l'accès large bande sans fil à 700 MHz pour une largeur spectrale de 50 MHz


Martine Lapierre
Directeur Technique
Alcatel Mobiles Communications Group

Tel : + 33 1 30 77 00 32
Mob : + 33 6 07 05 79 50

Notes (un clic sur le numéro de note vous renvoie au texte)

(1) : "Ofcom is the independent regulator and competition authority for the UK communications industries, with responsibilities across television, radio, telecommunications and wireless communications services  (site de l'OFCOM).
(2) : Cf. la pétition déposée auprès du Directeur Général de l'Agence nationale des fréquences figurant en annexe